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François Martin

1634–1706

François Martin

Fondateur de Pondichéry ; directeur général de l'Inde française

Le marchand parisien arrivé dans un village de pêcheurs en 1674 avec six hommes, qui le tint face aux Hollandais, en fit une ville, la perdit, la rebâtit, et mourut à sa table de travail : l'homme qui fit Pondichéry.

L'HOMME QUI FIT PONDICHÉRY

François Martin naît à Paris en 1634, fils naturel d'un marchand, et quitte la France en mars 1665 comme jeune commis de la Compagnie, à bord de la frégate l'Aigle Blanc, pour ne plus jamais y revenir. Il passe quatre ans en mer et à Madagascar avant de débarquer à Surate en 1669 et de descendre la côte de Coromandel. Il n'est encore le fondateur de rien : c'est un comptable méticuleux au service d'une entreprise commerciale chancelante, naviguant entre l'hostilité hollandaise, l'indifférence moghole et des ambitions françaises chroniquement sous-capitalisées.

Le moment fondateur survient le 14 janvier 1674, quand il rejoint la petite force française à Pondichéry, alors à peine un village de pêcheurs, pour organiser le ravitaillement de la position française assiégée de Saint-Thomé. Quand Saint-Thomé tombe le 30 août 1674 et que les Français évacuent, Martin reste. Avec six hommes. Contre l'avis de tous, y compris celui du gouverneur indien qui avait accordé aux Français leur point d'ancrage. Son raisonnement était simple : s'ils partaient, jamais on ne les laisserait revenir. Il attend avec six hommes pendant que les Hollandais consolident leurs positions, pendant que tous les calculs pointent vers le départ. Il ne partit pas.

Cette décision, tenir Pondichéry avec six hommes à contre-courant de tous les événements, constitue le véritable moment fondateur de l'Inde française permanente. Martin passa les trente années suivantes à en faire une ville.

Sa méthode fut patiente et précise, là où celle de Dupleix serait plus tard ambitieuse et politique. Mais en septembre 1676, à la forteresse de Valdaour, il franchit un pas que l'historien Froidevaux a identifié comme faisant de lui le précurseur direct de Dupleix : il mena une force française dans un assaut de nuit pour le compte de son protecteur indien Chirkhan Loudy, exigeant d'abord des garanties écrites, puis s'emparant de la forteresse et consolidant du même coup la position de la Pondichéry française. Un appui militaire à un allié indien en échange d'une protection politique et d'une reconnaissance territoriale : la logique que Dupleix déploierait à l'échelle continentale soixante-dix ans plus tard, pratiquée ici en miniature par un homme disposant d'une trentaine de soldats et d'aucun soutien métropolitain.

En septembre 1693, les Hollandais attaquent pendant la guerre de Neuf Ans, submergent les défenses de Pondichéry, et emmènent Martin prisonnier à Batavia. Il négocie sa libération, se réfugie avec sa famille à Chandernagor, au Bengale, où Dupleix gouvernerait quarante ans plus tard, et attend. Le traité de Ryswick (1697) contraint les Hollandais à restituer Pondichéry à la France. Martin revient en 1699 pour trouver un comptoir systématiquement dépouillé. Il le reconstruit. C'était la deuxième fois qu'il bâtissait Pondichéry à partir de presque rien.

Il meurt en fonction le 30 décembre 1706, enterré dans le fort qu'il avait bâti au cœur de la ville qu'il avait fondée. Il avait quitté Paris à trente ans et n'y était jamais retourné. Alfred Martineau, qui édita ses Mémoires pour publication, le décrivit comme « l'homme des réalisations pratiques, en dehors de toute idéologie » : un homme au jugement équilibré, sans vanité ni ambition idéologique. Ses trois volumes de Mémoires, tenus pendant quatre décennies, constituent la source primaire la plus importante pour l'histoire des débuts de l'Inde française. Le tracé des rues de la Ville Blanche suit encore les lignes que Martin avait posées.

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Muhammad Ali Khan WallajahGuillaume Le Gentil