1896–1917
Victor Simonel
Aspirant, 55e régiment d'infanterie ; mort pour la France
Le garçon tamoul de Pondichéry qui obtint une place dans une grande école d'ingénieurs parisienne la semaine où la guerre fut déclarée, devint officier d'infanterie à vingt et un ans, et mourut en menant un assaut à Verdun, le seul enfant de l'Inde à y tomber.
« À BAS LES ALLEMANDS »
Victor Simonel naît à Pondichéry le 24 décembre 1896, dans une famille tamoule établie de longue date dans la ville. Il fait ses études au Collège colonial de Pondichéry, l'établissement qui deviendrait le Lycée français, et est admis à l'École des travaux publics, du bâtiment et de l'industrie, à Paris. Il arrive dans la capitale le 19 août 1914. L'Allemagne avait déclaré la guerre à la France seize jours plus tôt.
Il intègre l'école le 26 août 1914 et est mobilisé le 15 avril 1915. Il passe par trois régiments avant de rejoindre le 55e régiment d'infanterie, monte au front le 16 mars 1916, à vingt ans, et sert sur la ligne défensive près de Toul, dans la forêt d'Apremont, et à Pont-à-Mousson. Sélectionné pour la formation d'officier, il passe l'examen à Issoudun le 24 juillet 1917 et retourne sur le front de Verdun comme aspirant, le grade d'officier le plus bas, le 10 août 1917.
Le 16 août 1917, il écrit à son père, à Pondichéry. Il sait que la lettre pourrait arriver après lui : « Mon cher Papa... En attendant, je place ma confiance en Dieu. Ne vous affligez pas. Si mon destin est de mourir dans quelques jours ou dans vingt ou trente ans, je ne peux changer mon destin... Ceci est peut-être ma dernière lettre. Puisse-t-elle vous parvenir. Je tâcherai d'être à la hauteur de ma tâche. »
Le 20 août 1917, sa section prend part à l'attaque de la côte du Talou, à l'est de Champneuville, enlevant la crête aux forces allemandes. Ce soir-là, son commandant d'unité ayant été mis hors de combat, il est placé à la tête de l'unité de pointe de la 1re compagnie, en première ligne, devant tout le reste.
À cinq heures du matin le 21 août 1917, dans le brouillard, sa section avance sur Samogneux. L'artillerie et les mitrailleuses allemandes ouvrent le feu quand les Français ont parcouru quatre cents mètres. Sa section poursuit son avance à travers le barrage. Ils atteignent les barbelés allemands. Le sergent Durand, qui l'observait, aperçoit Simonel à peu près à mi-chemin, puis ne le revoit plus. Le rapport du commandant de bataillon, rédigé des mois plus tard, indique que le sous-lieutenant Berthy le trouva mort contre les barbelés : « Votre frère a dû s'avancer dans le brouillard en croyant que ses hommes le suivaient, et il a atteint le barbelé ennemi le plus avancé. » Ses derniers mots, rapportés par son agent de liaison Arsène Maret, furent : « On y va, sur eux, les Allemands. »
Samogneux fut prise. Il est cité à l'ordre du 55e régiment le 4 avril 1918 : « Jeune chef de section plein d'allant, d'un calme et d'un sang-froid remarquables. Mortellement blessé le 21 août 1917 en entraînant ses hommes à travers un réseau de fil de fer ennemi. » Il reçoit à titre posthume la Croix de guerre et la Médaille militaire en 1920. La ville de Verdun l'inscrit dans son livre d'or : « le seul enfant de l'Inde à partager avec des soldats de tout rang l'honneur d'avoir contribué à la défense héroïque de la ville mémorable. » Son nom figure sur le Monument aux morts français, sur l'avenue Goubert. Le seul enfant de l'Inde mort à Verdun.
Il repose à la nécropole nationale de Bras-sur-Meuse, près de Samogneux, tombe 262. En 2003, de la terre et une pierre de Pondichéry furent mêlées au sol lorrain au pied de sa croix. Peu après l'Armistice, le gouvernement des Établissements français rebaptisa en son honneur l'ancienne rue de la Monnaie. Cette rue mène au cimetière européen, le plus ancien cimetière de la ville, où repose l'établissement colonial français. Sa plaque se trouve aussi dans l'église de Yanaon, un autre comptoir français en Inde, où des fidèles viennent encore prier.
L'application
Emportez ce guide avec vous
Cartes hors ligne, histoire rue par rue, sélection de restaurants et guides d'hôtels : tout ce site, dans votre poche.
