Pondy.Guide
Englishதமிழ்Français
← Vies & Héritages
Claude Martin

1735–1800

Claude Martin

Soldat, collectionneur et fondateur des écoles La Martinière

Il arrive à Pondichéry comme simple soldat sous Dupleix et Lally. Quand la ville tombe en 1761, il change de camp, et meurt quarante ans plus tard à Lucknow général de division, à la tête d'une fortune de près d'un demi-million de livres sterling.

DE PONDICHÉRY À CONSTANTIA

Claude Martin naît à Lyon en 1735, fils d'un tonnelier, et fait son apprentissage chez un tisserand de soie avant de s'engager dans la Compagnie française des Indes en septembre 1751, à seize ans. Sa mère lui aurait dit de ne pas rentrer avant de pouvoir arriver en carrosse, une remarque qui allait se révéler sombrement ironique : la Révolution française rendrait tout retour en France impossible, carrosse ou pas.

Martin sert en Inde sous Joseph François Dupleix et le général Thomas Arthur Lally pendant les guerres du Carnatic, tandis que la puissance française sur la côte de Coromandel se réduisait à une poignée d'avant-postes côtiers. En 1761, Pondichéry tombe aux mains des Britanniques pour la troisième fois, emportant avec elle la solde, la discipline, et tout avenir réaliste de l'armée française. Trois ans plus tard, campé sur les rives de la Karamnassa après une mutinerie parmi des troupes françaises et allemandes impayées au service britannique, Martin se voit approché par des compatriotes français projetant de déserter pour rejoindre un chef mercenaire. Il donne une réponse équivoque, se retire discrètement de la colonne, et chevauche vers le camp britannique plutôt que de les rejoindre. Sa commission britannique officielle est datée du 18 avril 1764. Ce choix, fait dans les ruines de l'Inde française, allait déterminer le cours du reste de sa vie.

Martin passe les années suivantes comme officier topographe sous les ordres du géomètre général du Bengale, cartographiant l'Awadh, le Cooch Behar et le Bengale, et se voit brièvement écarté du service de la Compagnie en 1767 pour une accusation de sédition, avant d'être réintégré deux ans plus tard grâce à ses compétences de topographe. En 1776, il accepte le poste de surintendant de l'Arsenal sous le nawab d'Awadh à Lucknow, une fonction qui le rendait utile au nawab comme contrepoids à la Compagnie, et lui valut, fait rare, la confiance des deux camps à la fois. Il ne retourna jamais en France et ne changea jamais de nationalité : il meurt en 1800, français ayant passé toute sa vie adulte au service britannique et à celui du nawab.

À Lucknow, Martin devient l'un des plus grands propriétaires terriens du nord de l'Inde et rassemble l'une des grandes collections privées de son époque : manuscrits, peintures miniatures, monnaies et naturalia, catalogués à sa mort sur environ quatre-vingts pages, ainsi qu'une bibliothèque personnelle de plus de quatre mille ouvrages. Il commande à des artistes formés dans la tradition moghole environ 650 peintures d'oiseaux indiens, une collection oubliée pendant deux siècles à Kew Gardens, dont la redécouverte fut qualifiée de « plus grande découverte » d'une importante exposition londonienne de 2020 consacrée à la peinture sous la Compagnie des Indes orientales. Son grand projet architectural, Constantia, sur les rives de la Gomti, réunissait salle de banquet, demeure, forteresse et son propre mausolée en une seule structure de six étages, conçue précisément pour que le nawab, qui avait tenté à plusieurs reprises de l'acquérir, ne puisse jamais la lui prendre de son vivant, et n'y trouve qu'un tombeau après sa mort.

Martin ne se maria jamais, bien qu'il entretînt pendant des décennies une relation avec une compagne nommée Boulone, qu'il avait achetée enfant et qui repose dans l'enceinte du collège qu'il fonda. Son testament, homologué seulement après des décennies de retard, dota six écoles portant le nom de La Martinière, à Lucknow, à Calcutta et dans sa Lyon natale, ouvertes en principe aux enfants de toute race et de toute nationalité. Elles fonctionnent encore aujourd'hui. Un simple soldat de la garnison de Pondichéry, qui changea de camp à la chute de la ville, devint, au bout du compte, l'un des philanthropes les plus improbables de l'Inde coloniale.

Pondy App

L'application

Emportez ce guide avec vous

Cartes hors ligne, histoire rue par rue, sélection de restaurants et guides d'hôtels : tout ce site, dans votre poche.

Ouvrir l'appli →
Jeanne DupleixNapoléon Bonaparte