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V. Subbiah

1911–1993

V. Subbiah

Dirigeant syndical ; militant pro-fusion

Le dirigeant syndical communiste qui bâtit la base populaire ayant fait du mouvement pro-fusion à Pondichéry un phénomène de masse plutôt qu'une affaire de notables.

LA VOIX DES TRAVAILLEURS

Varadarajulu Subbiah naît à Pondichéry en 1911, dans la communauté tamoule, celle des sujets (sujets indiens) et non des citoyens (citoyens français), une distinction lourde de conséquences juridiques et sociales sous l'administration coloniale française. La frontière entre sujet et citoyen déterminait l'accès aux tribunaux français, à l'éducation française, à la vie civique française, et finalement le droit de vote à tout référendum sur l'avenir du territoire. Elle façonna décisivement la formation politique de Subbiah : il s'engagea par le mouvement ouvrier, organisant les travailleurs des filatures de Pondichéry et bâtissant des syndicats qui donnèrent pour la première fois à la classe ouvrière tamoule une voix politique organisée.

Son engagement partisan allait au Parti communiste indien plutôt qu'au Congrès national indien, une distinction qui le plaçait à la gauche du mouvement pro-fusion dominant sans jamais diminuer son engagement pour l'intégration à une Inde indépendante. Il bâtit parmi les travailleurs une base populaire que la direction proche du Congrès ne pouvait atteindre aisément, donnant à la coalition pro-fusion une véritable dimension de masse, indépendante des réseaux clientélistes contrôlés par la machine pro-française d'Édouard Goubert.

Les élections municipales frauduleuses d'octobre 1948, où la faction de Goubert remporta les 102 sièges disponibles sur 102, un résultat universellement reconnu comme impossible, relevaient exactement du type de manipulation institutionnelle qui discrédita le cadre référendaire et renforça les arguments en faveur d'un transfert direct. Le travail d'organisation de Subbiah parmi les travailleurs, en dehors des structures électorales formelles que Goubert avait corrompues, donna au mouvement pro-fusion sa crédibilité populaire et ses racines dans la majorité tamoulophone, qu'aucun conseil municipal ne pouvait manipuler.

Le Congrès de Kizhoor, le 18 octobre 1954, où 170 représentants votèrent la fusion contre 8, fut le point culminant politique d'une décennie de militantisme où Subbiah joua un rôle de premier plan. Le transfert de fait suivit le 1er novembre 1954. Il continua comme législateur à Pondichéry après le transfert, représentant le Parti communiste indien et défendant les droits des travailleurs dans le nouveau cadre d'un territoire de l'Union. Il meurt en 1993, ayant été témoin à la fois de la fin de la domination coloniale française et de la consolidation de Pondichéry au sein de l'Inde indépendante.

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