Promenade en Ville Blanche
Époque : Colonial era (17th–20th c.)
Une boucle de deux kilomètres à travers la seule ville coloniale française d'Inde qui ait survécu intacte à la décolonisation. Des instituts de recherche orange, une église du front de mer où la messe est dite en trois langues, la statue de l'homme qui faillit faire de la France la maîtresse du sous-continent, et le parc d'un poète en son cœur. Prévoyez deux heures. Apportez de l'eau. Partez tôt.
Où commencer. Commencez à l'Institut français de Pondichéry sur la rue Dumas, le grand bâtiment orange qui s'annonce avant même que vous puissiez lire l'enseigne. Cette couleur est délibérée : l'architecture institutionnelle française avait pour habitude d'affirmer sa présence en ocre chaud et saturé, et ce bâtiment, l'un des rares centres de recherche français actifs en Inde, rappelle que la Pondichéry française ne s'est pas achevée avec la décolonisation. Elle s'est poursuivie comme érudition. L'Institut publie la plus belle carte patrimoniale du quartier français ; demandez à l'accueil avant de partir.
Le front de mer et ses monuments. Marchez vers l'est jusqu'à l'avenue Goubert, la promenade qui fait face au golfe du Bengale. Le Monument aux Combattants se dresse ici, encore entretenu par le Consulat de France, dédié aux résidents de l'Inde française morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale : des soldats tamouls qui combattirent à Verdun et aux Dardanelles sous un drapeau tricolore qu'ils n'avaient peut-être jamais vu avant d'embarquer. De l'autre côté de la route, la statue du Mahatma Gandhi se dresse au sein d'un cercle de piliers de granit, une structure blanche face à la mer, sur la même avenue où les gouverneurs français défilaient jadis en cérémonie. Un peu plus au sud, la statue de Joseph François Dupleix fait face à l'eau : l'homme qui gouverna Pondichéry de 1742 à 1754 et faillit faire de la France la puissance dominante en Inde. Il fut rappelé par sa propre compagnie, mourut ruiné à Paris, luttant encore contre ses créanciers. Sa statue a survécu à l'empire qu'il bâtit.
Jeanne d'Arc, sous les tropiques. Entre le front de mer et Notre-Dame des Anges, un petit jardin abrite une Jeanne d'Arc de marbre, en armure, portant un étendard de bataille, offerte par des hommes politiques et industriels français en avril 1923. Elle chassa les Anglais de France. Les Britanniques avaient rasé cette même ville en 1761. Le choix du sujet n'était pas fortuit.
Le Café, à toute heure. Sur la promenade, Le Café est le plus ancien café français de Pondichéry, ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ce qui devient utile si vous arrivez avant l'aube pour marcher sur le front de mer pendant que les pêcheurs remontent leurs filets. Asseyez-vous face à la mer, commandez un café, et regardez la baie passer du noir au gris puis à l'or. Le temps que votre tasse soit vide, la ville se sera réveillée autour de vous.
L'église des trois langues. Notre-Dame des Anges, dont vous apercevez les tours jumelles couleur crème depuis la promenade, se dresse sur ce site du front de mer depuis 1687, reconstruite quatre fois, et consacrée sous sa forme actuelle en 1855. C'est la seule église de Pondichéry où la messe est célébrée en tamoul, en anglais, et en français, les trois langues des trois siècles de la ville. Vingt-huit vitraux furent expédiés de France et installés dans un bâtiment fait de pierre de corail locale. La messe du matin commence à 5h30. Les grilles ferment à 20h00. La Jeanne d'Arc de marbre dans le jardin extérieur fait face à l'est, vers le soleil levant, vers la mer qui amena tout le monde ici.
Les érudits qui restèrent. Retournez dans la grille et vous trouverez les institutions intellectuelles qui sont, sans doute, ce que la France a laissé de plus durable à Pondichéry. L'École française d'Extrême-Orient, universellement connue sous le nom d'EFEO, fondée à Hanoï en 1900 et présente à Pondichéry depuis 1955, se consacre à l'étude des civilisations asiatiques. Ses chercheurs ont documenté des temples, des inscriptions, et des manuscrits à travers l'Inde, l'Asie du Sud-Est, et l'Asie de l'Est. L'UNESCO a reconnu ses travaux sur l'art, l'architecture, et la littérature indiens. Ce n'est pas une archive coloniale qui prend la poussière ; c'est un centre vivant d'érudition en activité. L'Alliance française de Pondichéry, à quelques pas, propose des cours de langue et des programmes culturels qui sont depuis des décennies le cœur culturel français de la ville. Ce ne sont pas des monuments à un empire disparu. Ce sont des institutions actives.
La plus ancienne église du quartier. La cathédrale de l'Immaculée Conception, connue localement sous le nom de Samba Kovil (« église du Saint » en tamoul), est l'une des plus anciennes églises de Pondichéry. Son caractère plus sobre et austère reflète la présence française plus ancienne : avant les vitraux et les tours jumelles, avant les grandes ambitions civiques du XIXe siècle. Les murs portent plus d'histoire que la signalétique ne le laisse entendre. Passez-y lentement.
L'homme qui écrivit la constitution. Le B.R. Ambedkar Mani Mandabam rend hommage au Dr B.R. Ambedkar, le juriste, économiste, et réformateur social qui rédigea la Constitution de l'Inde. Il est juste qu'une ville dont l'identité repose sur la coexistence du français, du tamoul, et de l'indien dédie un bâtiment à l'homme qui donna à l'Inde son cadre constitutionnel d'égalité. Il aurait compris cette ville.
Le Lycée. Le Lycée français international de Pondichéry éduque des enfants de trois à dix-huit ans selon le programme national français, la seule école de ce type en Inde du Sud. Des familles françaises, des familles tamoules, et des résidents internationaux y envoient leurs enfants. L'école rappelle vivant que la Pondichéry française n'est pas un sujet purement historique. C'est un sujet présent.
Le parc qui fut la place de Napoléon. Le parc Bharathi est le cœur cérémoniel du quartier français : la place ouverte entourée par le Raj Nivas au nord (la résidence officielle du Lieutenant-Gouverneur, autrefois le palais du gouverneur français), l'Assemblée législative, le Secrétariat, et le musée de Pondichéry. En son centre se dresse l'Aayi Mandapam, quatre colonnes gréco-romaines sous un toit en dôme, bâti sous Napoléon III pour honorer une femme tamoule nommée Aayi qui fit démolir sa propre maison pour fournir de l'eau à la ville, des siècles avant l'arrivée des Français. Pierre européenne, légende indienne. Le parc est ouvert de 6h00 à 20h00. L'entrée est gratuite. Asseyez-vous sur un banc le matin et regardez la ville vivre sa routine : joggeurs, vendeurs, écoliers, retraités lisant le journal à l'ombre des manguiers.
Le musée qui récompense la lenteur. Le musée de Pondichéry, à l'angle nord-est du parc Bharathi, conserve 81 sculptures de bronze chola de calibre international, de la poterie romaine importée d'Italie il y a deux mille ans, du mobilier colonial franco-tamoul, et un véhicule que le poète Subramania Bharathi aurait adoré. L'entrée coûte dix roupies et récompense quatre-vingt-dix minutes d'attention sans hâte. Ouvert de 10h00 à 17h00. La seule galerie des bronzes vaut le déplacement.
Après le circuit. Les rues du quartier français sont à leur meilleur avant 10h : lumière douce, air frais, volets qui s'ouvrent, odeur de jasmin sur les murs en pierre de corail. Quand la chaleur monte, les vérandas profondes et les cafés patrimoniaux aux hauts plafonds du quartier offrent ombre et café corsé. Prenez n'importe quel virage au hasard hors de l'itinéraire principal et vous trouverez de la beauté dans toutes les directions. Nulle part ailleurs en Inde une ville comme celle-ci ne survit aussi intacte, aussi vivante, et aussi discrètement magnifique.
À observer
- L'Institut français de Pondichéry sur la rue Dumas : le bâtiment orange est votre point de départ. Prenez leur carte patrimoniale à l'accueil avant de partir, c'est le meilleur guide de la grille.
- Dupleix et Gandhi partagent la même promenade : l'ambition coloniale et l'indépendance qui y mit fin, sans que l'un n'efface l'autre. Placez-vous entre les deux et faites face à la mer.
- Notre-Dame des Anges : la seule église de Pondichéry où la messe est célébrée en tamoul, en anglais, et en français. Arrivez tôt et vous pourrez peut-être assister à l'office de 5h30 avant que les touristes ne se réveillent.
- L'Aayi Mandapam au centre du parc Bharathi : quatre colonnes européennes au-dessus d'une légende indienne. Lisez la plaque lentement. L'histoire est meilleure que l'architecture.
- Le musée de Pondichéry : dix roupies, 81 bronzes chola, de la poterie romaine venue d'Italie, et un véhicule que Subramania Bharathi adorait. Le musée de calibre mondial le moins visité d'Inde du Sud.
Horaires : Rues ouvertes 24h/24 ; meilleure marche 6h00–10h00. Notre-Dame des Anges : 5h30–20h00. Parc Bharathi : 6h00–20h00. Musée de Pondichéry : 10h00–17h00
Entrée : Gratuit (musée de Pondichéry : 10 ₹ adultes, 5 ₹ enfants)
Conseil : Commencez à l'Institut français sur la rue Dumas et marchez dans le sens des aiguilles d'une montre vers la mer. Prévoyez deux heures pour les monuments et ajoutez quatre-vingt-dix minutes si vous entrez au musée de Pondichéry. Le Café sur la promenade est ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre et fait une bonne étape petit-déjeuner avant que la chaleur ne monte.
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