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Le pari de Dupleix

Le pari de Dupleix

En 1742, un nouveau gouverneur arriva à Pondichéry avec une idée audacieuse : la France pouvait dominer le Deccan non par le commerce, mais par le génie politique. Pendant une décennie, il eut presque raison.

Le matin du 15 janvier 1742, Joseph François Dupleix débarqua à Pondichéry sous le tonnerre de vingt et un coups de canon. Il avait déjà décidé quel genre de gouverneur il entendait être. La Compagnie des Indes l'avait envoyé diriger un comptoir commercial. Il entendait bâtir un empire.

La naissance d'une méthode

Dupleix ne fut pas le premier Français à gouverner Pondichéry, mais il fut le premier à comprendre le moment politique avec une telle clarté. L'empire moghol, qui avait dominé le sous-continent pendant deux siècles, se fissurait de toutes parts. Les grands subhadars et nawabs du sud se livraient à des querelles de succession qu'aucune autorité impériale à Delhi ne pouvait résoudre. Dans chacun de ces conflits surgissaient des prétendants rivaux, des armées rivales, et un besoin désespéré d'argent liquide et de soldats entraînés.

Dupleix vit l'opportunité avant tout autre habit européen. Quiconque fournirait canons et infanterie entraînée à l'européenne au bon prétendant, au bon moment, pourrait réclamer, en guise d'honoraires, des concessions territoriales et des droits sur les revenus valant bien plus que tout profit commercial que la Compagnie n'avait jamais imaginé. Ce n'était pas du commerce. C'était de la politique. Et la politique, au sens indien du terme, signifiait la souveraineté.

L'architecte du cérémonial

Il comprit que la politique dans le monde moghol était aussi du théâtre. Pour être pris au sérieux comme acteur souverain, il devait en avoir l'allure.

Un observateur écrivit en 1746 : « Quand il défile en cérémonie, il est précédé de plus de cent cavaliers et de trois éléphants, sur lesquels sont portés ses drapeaux, et son carrosse est suivi d'une foule de cavaliers et de bouffons. » Ce n'était pas de la vanité. C'était un signal calculé, diffusé dans un langage visuel que tout souverain indien saurait correctement lire. Le gouverneur français n'était pas un marchand quémandant des faveurs. Il était une puissance parmi les puissances, en droit de négocier d'égal à égal.

Son courtier indispensable était Ananda Ranga Pillai, un marchand tamoul dont les journaux privés constituent le témoignage le plus vivant que nous ayons de cette période. Pillai se déplaçait sans cesse entre la résidence française et les cours des souverains indiens, portant renseignements, présents, et la formule soigneusement choisie au bon moment : l'homme qui rendait toute l'entreprise lisible à elle-même.

Le pivot du Deccan

Le moment décisif survint en 1749, quand des querelles de succession éclatèrent simultanément à Hyderabad et dans le Carnatic. Dupleix soutint deux prétendants : Muzaffar Jang pour le trône d'Hyderabad, Chanda Sahib pour le nawabat du Carnatic. Une force conjointe franco-indienne balaya le terrain. Le nawab du Carnatic fut tué au combat. Le nouveau nizam vint en personne à Pondichéry reconnaître son protecteur.

La récompense fut stupéfiante. Par décret impérial moghol, Dupleix fut officiellement nommé nawab et gouverneur de toute l'Inde du Sud, depuis le fleuve Krishna jusqu'au cap Comorin. Pondichéry était devenue, en termes constitutionnels, la capitale du Deccan. Son lieutenant Charles de Bussy chevaucha vers le nord pour construire un protectorat français sur tout le plateau, d'Aurangabad jusqu'à la frontière d'Orissa.

Pendant deux ans, cela tint. La France était la puissance européenne dominante en Inde : non par la puissance navale ni par le commerce, mais par l'intelligence politique, le cérémonial, et la volonté de s'engager dans la politique indienne selon les termes indiens.

Le contre-coup britannique

L'instrument du renversement français fut un ancien comptable nommé Robert Clive. Là où Dupleix avait bâti des coalitions par le cérémonial et les subsides, Clive agissait vite, frappait fort, et choisissait ses moments avec l'instinct d'un homme qui connaissait le jeu de son adversaire.

La chute survint à Srirangam en juin 1752. Le commandant français Law de Lauriston, encerclé sur une île du fleuve Kaveri, rendit sa force. Chanda Sahib fut fait prisonnier par les hommes d'un rival et décapité la même après-midi. Le protectorat du Carnatic n'existait plus.

Dupleix continua de se battre, finançant désormais les campagnes sur sa propre fortune personnelle. Il écrivit à Paris avec un désespoir croissant : retirez l'armée, et tout le reste s'effondre. Les revenus commerciaux dépendaient de la position politique. La position politique dépendait des troupes. Ce n'était pas une philosophie que la Compagnie des Indes était en mesure de comprendre. Ses directeurs voulaient des routes commerciales, non une souveraineté territoriale.

Le rappel

Paris le rappela en 1754. Il quitta Pondichéry le 14 octobre, à bord du Duc d'Orléans, laissant derrière lui le projet impérial français le plus ambitieux d'Asie et les ruines de sa fortune personnelle.

En France, il découvrit que la Compagnie refusait de lui rembourser le moindre livre de ce qu'il avait dépensé. Le roi de France l'avait fait marquis, l'empereur moghol l'avait fait nawab du Carnatic. Aucun de ces titres ne s'accompagnait d'argent. Il passa neuf ans à combattre la Compagnie devant les tribunaux, produisant mémoire après mémoire, relevé de comptes après relevé de comptes. Il mourut en 1763, ruiné, la même année où le traité de Paris confirmait la perte par la France de toute position significative en Inde.

Ananda Ranga Pillai avait écrit son épitaphe des années plus tôt, dans la calme clarté de son journal privé : « Monsieur Dumas se contentait de dévorer le produit. Au temps de Monsieur Dupleix, une tempête dévora le jardin. »

Le jardin qu'il avait planté était Pondichéry elle-même, brièvement capitale d'un empire français qui faillit exister. Parcourez ces rues, suivez du regard les noms gravés dans la pierre au-dessus de votre tête, et vous marchez à travers ce qui reste de son pari.

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