Pondy.Guide
EnglishFrançais
← Histoire
La ville tombée

La ville tombée

En 1761, les Britanniques s'emparèrent de Pondichéry et la démolirent systématiquement. Ce que les Français récupérèrent huit ans plus tard n'était qu'un champ de ruines. La ville que vous voyez aujourd'hui fut bâtie sur cette fondation, pierre après patiente pierre.

En 1758, alors que le grand projet de Dupleix se défaisait déjà, la France envoya un nouveau commandant pour sauver sa position en Inde. Thomas Arthur, comte de Lally, arriva à Pondichéry ce printemps-là, plein d'énergie, et se fit rapidement des ennemis de tous ceux qui l'entouraient.

Lally

Lally était irlando-français, fils d'un jacobite irlandais qui avait servi Louis XIV. Il s'était distingué dans les campagnes européennes et fut nommé par le roi lui-même pour redresser les affaires françaises en Inde. Il était aussi, de l'avis général, extraordinairement difficile : méprisant envers les fonctionnaires civils de la Compagnie, dédaigneux envers les officiers qui se battaient en Inde depuis des années, et convaincu que les échecs de l'Inde française résultaient de la corruption et de la lâcheté plutôt que de problèmes structurels.

Il arriva pour trouver la position française déjà affaiblie par quatre années de revers depuis le rappel de Dupleix. Le protectorat de Bussy dans le Deccan était encore nominalement intact, mais le Carnatic était largement perdu. Lally choisit de rappeler Bussy d'Hyderabad afin de concentrer ses forces dans le sud, une décision qui défit immédiatement tout ce que Bussy avait bâti. L'alliance avec le nizam s'effondra en quelques mois.

Son seul succès notable fut le siège de Madras en 1758 et 1759, qui faillit s'emparer de la capitale britannique de la côte de Coromandel. Une escadre navale britannique arriva pour ravitailler la garnison. Lally, faute d'un appui naval équivalent, fut contraint de se retirer.

Wandiwash

L'engagement décisif survint le 22 janvier 1760, à la ville intérieure de Wandiwash. Sir Eyre Coote, un général britannique méthodique qui comprenait la nouvelle réalité militaire en Inde, affronta la force de Lally en bataille rangée et la défit. Bussy, présent dans les rangs français, fut capturé. L'armée française de campagne était brisée. Pondichéry se trouvait désormais isolée, encerclée sur trois côtés par les forces britanniques et sur le quatrième par la mer.

Le siège

Eyre Coote suivit et investit la ville par voie terrestre pendant que la marine britannique bloquait le port. Le siège commença en août 1760. Pondichéry n'était alors ni un village ni un petit comptoir : à l'apogée de l'ère Dupleix, elle avait compté entre 80 000 et 100 000 habitants. Même réduite par les années de revers, c'était une ville considérable, protégée par le fort Louis, achevé par Martin en 1702 et renforcé depuis, avec des murailles épaisses de trois mètres par endroits et des magasins en brique conçus pour absorber les tirs d'artillerie. Lally organisa la défense avec une énergie considérable. La garnison, bien que réduite, était expérimentée. Mais la ville n'avait aucun moyen de ravitaillement une fois le blocus achevé, et sa population était nombreuse au regard de ses réserves alimentaires.

Les ingénieurs britanniques firent avancer leurs tranchées méthodiquement tout au long de l'automne 1760. Les pénuries alimentaires devinrent critiques dès décembre. En janvier 1761, la situation était intenable. Le 16 janvier 1761, Lally capitula. Les conditions accordaient les honneurs de la guerre : la garnison put sortir avec ses armes. Le siège avait duré cinq mois.

La démolition

Ce qui suivit fut une politique délibérée, stratégique plutôt que simplement punitive. Le conseil de Madras estimait que Pondichéry, ville fortifiée capable d'abriter une armée et une flotte françaises, avait été la cause directe de trente ans de guerres dans le Carnatic. Si la France devait la récupérer par traité, comme les précédents des guerres antérieures le laissaient présager, les Britanniques étaient déterminés à ce qu'elle ne récupère pas une base militaire fonctionnelle. Un inconvénient commercial tolérable était acceptable ; une capitale rivale ressuscitée ne l'était pas.

La démolition fut totale. Le fort Louis fut la première cible : ses bastions furent minés et détruits à la poudre, ses murailles éventrées et abattues, ses magasins ouverts et vidés. Les récits de l'époque rapportent des explosions audibles à des kilomètres, la fumée planant sur la ville pendant des jours. Le Palais du gouvernement, qui avait été le théâtre des audiences de Dupleix avec les princes et ambassadeurs indiens, et dont les archives furent soit emportées à Madras soit perdues, fut abattu. Les églises, les entrepôts du front de mer, les demeures à colonnades de la rue de la Marine et de la rue Dumas, l'hôpital, les casernes : tout fut démoli. Les officiers français qui avaient négocié des conditions de reddition honorables regardaient depuis l'extérieur des murailles des ouvrages que certains d'entre eux avaient eux-mêmes construits être systématiquement détruits.

La Ville Noire, à l'ouest du canal, souffrit moins largement, mais ne fut pas épargnée. Un seul bâtiment survécut intact dans la Ville Blanche : la maison d'Ananda Ranga Pillai, bâtie en latérite massive et en teck, close sur la rue derrière ses cours intérieures. Pillai lui-même mourut le 25 janvier 1761, neuf jours après la capitulation, sans avoir consigné dans son journal la démolition qu'il redoutait. Sa maison se dresse encore aujourd'hui. Le plan des rues et le canal survécurent aussi, car ils étaient des traits du paysage plutôt que du bâti : même quand chaque bâtiment de chaque rue eut été abattu, le plan de la ville resta lisible dans le sol.

Lally fut renvoyé en France, emprisonné à la Bastille, jugé pour trahison, et exécuté en 1766. Voltaire, outré par cette injustice, mena campagne pendant des années jusqu'à ce que la condamnation de Lally soit annulée à titre posthume en 1778. La rue du quartier français qui porte le nom de Lally-Tollendal porte le nom d'un homme formellement lavé de tout déshonneur seulement bien après sa mort.

Le traité et sa condition

Le traité de Paris de février 1763 restitua Pondichéry à la France, mais sous une condition sans précédent dans les traités coloniaux antérieurs : la France était interdite d'y ériger des fortifications ou d'y maintenir des forces militaires au-delà de petits détachements de police. Cette clause, obtenue par la diplomatie britannique, transforma Pondichéry d'une base militaire potentielle en une enclave commerciale définitivement désarmée. La démolition physique et la clause du traité réalisèrent ensemble ce que voulaient les Britanniques : une Pondichéry capable de commercer mais plus jamais capable de menacer Madras.

Quand le premier gouverneur français de la ville restaurée, Jean Law de Lauriston, débarqua en 1765, il arriva dans un champ de ruines. Ce qu'il trouva, ce furent des canaux ensablés, des fondations envahies par la végétation, et une communauté résiduelle campée dans la Ville Noire. Ce avec quoi il devait travailler, c'était le plan des rues, les fondations survivantes des bâtiments démolis, et leur pierre de taille et leurs briques, désormais disponibles comme matériaux de récupération pour la reconstruction.

La reconstruction

Law de Lauriston reconstruisit avec une rapidité remarquable. En cinq mois à peine après son arrivée, selon les récits de l'époque, quelque 200 maisons européennes et 2 000 maisons tamoules avaient été érigées sur l'ancien damier. C'étaient des structures plus simples que les originaux démolis, mais elles rétablirent l'occupation et restaurèrent les fonctions de base de la vie urbaine. Le relevé du Papier terrier de 1777, le registre foncier compilé une décennie plus tard, montre la Ville Blanche substantiellement repeuplée : des maisons à deux étages du type franco-pondichérien caractéristique, rez-de-chaussée à arcades, fenêtres à la française, cours intérieures, le langage architectural qui caractérise encore aujourd'hui le tissu urbain patrimonial.

La reconstruction fut interrompue à deux reprises encore. La Grande-Bretagne occupa de nouveau Pondichéry pendant la guerre d'indépendance américaine, de 1778 à 1783, causant de nouveaux dégâts. Une troisième occupation britannique, de 1793 à 1816, provoquée par les guerres révolutionnaires et napoléoniennes, causa des destructions supplémentaires. Ce n'est qu'après le traité de Paris de décembre 1816 que Pondichéry passa sous possession française stable pour le reste de la période coloniale. La ville que vous voyez aujourd'hui est le produit de ces trois cycles de reconstruction, bâtie littéralement sur les décombres de la démolition : les fouilles archéologiques menées sur des parcelles de la Ville Blanche ont maintes fois mis au jour les blocs de latérite taillée et les ferrures du fort Louis démoli, réemployés comme remblai de fondation dans les constructions ultérieures.

L'Inde française se réduisit à cinq petites enclaves à travers le sous-continent : Pondichéry, Karikal, Mahé sur la côte de Malabar, Yanaon dans l'actuel Andhra Pradesh, et Chandernagor au Bengale. La population combinée des cinq était peut-être de 200 000 habitants, entourés de toutes parts par les vastes territoires du Raj britannique. Pondichéry était une anomalie, un lieu où s'appliquait le droit français et où la langue de l'administration était le français, une petite curiosité souveraine sur une côte où tout le reste répondait à Calcutta.

L'arrivée d'Aurobindo

En 1910, un philosophe, poète et ancien révolutionnaire bengali nommé Aurobindo Ghosh franchit la frontière de l'Inde britannique vers la Pondichéry française. Il était sous surveillance britannique en tant qu'agitateur politique, et la juridiction française offrait un cadre légal différent. Il n'avait aucune intention de repartir.

Il y resta le reste de sa vie, fondant l'ashram qui porte encore son nom sur le front de mer, développant la philosophie qu'il appela le Yoga intégral, et attirant des disciples du monde entier. Son arrivée transforma ce que signifiait Pondichéry. La ville qui avait été, pendant une décennie dans les années 1740, la capitale d'un quasi-empire, puis pendant un siècle un arrière-pays colonial modeste et un peu mélancolique, commença à devenir autre chose : un lieu de recherche spirituelle sérieuse, avec une communauté internationale rassemblée autour d'un enseignement qui n'avait rien à voir avec les routes commerciales ou la souveraineté territoriale.

La ville où il arriva était tranquille et consciente de son statut diminué. Ses rues portaient encore les noms de gouverneurs français, d'amiraux, de batailles. Son canal séparait encore le quartier tamoul du quartier français. Mais l'énergie qui en avait fait une capitale avait depuis longtemps disparu. Ce qui restait, c'était le damier, les pierres, la digue, et une qualité particulière de lumière en fin d'après-midi qui n'a rien à voir avec la politique et tout à voir avec l'endroit où l'on se trouve sur la terre.

Pondy App

L'application

Emportez ce guide avec vous

Cartes hors ligne, histoire rue par rue, sélection de restaurants et guides d'hôtels : tout ce site, dans votre poche.

Ouvrir l'appli →
Le pari de Dupleix1954 : la passation