1866–1944
Romain Rolland
Romancier français ; prix Nobel 1915
Le prix Nobel français qui ne mit jamais les pieds en Inde, mais dont l'engagement passionné envers la pensée spirituelle indienne bâtit le pont intellectuel entre l'ashram de Pondichéry et la culture européenne.
L'EUROPÉEN QUI ÉCOUTAIT L'INDE
Romain Rolland naît en 1866 à Clamecy, en Bourgogne, fait ses études à l'École normale supérieure, et devient, à l'époque de la Première Guerre mondiale, l'un des écrivains français les plus célèbres de son temps : romancier, dramaturge, musicologue et pacifiste engagé. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1915, en partie pour son roman-fleuve Jean-Christophe, rédigé sur une décennie, et en partie pour son pacifisme de guerre, une position qui lui coûta sa réputation en France presque autant qu'elle lui valut le prix. Il passe les années de guerre en Suisse, tenu à distance par les deux camps, correspondant avec quiconque, à travers l'Europe, voulait bien encore l'écouter.
Son lien avec l'Inde ne se noua pas par le voyage mais par la lecture, la correspondance, et une sympathie presque mystique pour une tradition qu'il découvrit d'abord par la musique et les textes sacrés. Ses biographies de figures spirituelles indiennes, publiées dans les années 1920 et 1930, furent des événements marquants pour la vie intellectuelle européenne. Mahatma Gandhi (1924) fit connaître Gandhi au monde francophone. Prophètes de l'Inde nouvelle (1929), consacré à Ramakrishna et Vivekananda, allait bien au-delà de la biographie ordinaire, vers un véritable engagement avec la pensée hindoue et l'idée que l'expérience religieuse indienne offrait quelque chose que la philosophie occidentale avait cessé de fournir.
Il se tourna ensuite vers Pondichéry. Il correspondit longuement, dans les années 1930, avec Sri Aurobindo et la Mère, ses lettres engageant sérieusement le dialogue avec la philosophie du Yoga intégral et les ambitions de l'Ashram. La Mère appréciait son travail comme un pont culturel entre la France et la tradition spirituelle indienne ; Sri Aurobindo débattait longuement de ses positions philosophiques. Cet échange compte parmi les correspondances intellectuelles les plus soutenues entre un écrivain européen et l'Ashram de Pondichéry durant les décennies d'avant-guerre.
Il meurt à Vézelay en décembre 1944, sans jamais avoir visité l'Inde. La rue Romain Rolland porte son nom, reconnaissance du fait que cet homme qui n'était jamais venu ici fit plus que la plupart de ceux qui vinrent pour rendre visible au monde européen l'héritage spirituel de la ville.
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