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Pierre André de Suffren

1729–1788

Pierre André de Suffren

Vice-amiral de la marine française

Le plus grand commandant naval français du XVIIIe siècle, qui livra cinq batailles sur la côte de Coromandel en 1782 et 1783, et s'approcha plus que quiconque de renverser l'ascendant britannique en Inde.

L'AMIRAL DE L'OCÉAN INDIEN

Pierre André de Suffren de Saint-Tropez naît en 1729 en Provence, dans une famille de marins, et entre très jeune dans la marine française. Il combat à Lagos en 1759, est brièvement capturé par les Britanniques, et passe les décennies suivantes en Méditerranée et dans l'Atlantique à accumuler une expérience couvrant toutes les formes de guerre navale accessibles à un officier du XVIIIe siècle. Lorsqu'on lui confie le commandement de l'océan Indien en 1781, il a cinquante-deux ans, une carrure imposante, un tempérament combatif, et une imagination tactique qui le distingue de tous les autres commandants navals français de sa génération.

Sa campagne sur la côte de Coromandel, entre février 1782 et juin 1783, donne lieu à cinq engagements navals majeurs contre l'amiral britannique Edward Hughes : Sadras, Providien, Négapatam, Trinquemalay et Cuddalore. Chacun est livré avec des forces que Suffren juge insuffisantes, face à des capitaines subalternes qu'il accuse souvent d'une timidité frisant la trahison. Il improvise des réparations à Trinquemalay pendant que les Britanniques se ravitaillent depuis les ports indiens ; il maintient ses navires en état bien au-delà de ce qu'aucun calcul logistique n'aurait dû permettre. Aucune des cinq batailles n'est stratégiquement décisive, mais ensemble, elles empêchent la Grande-Bretagne de consolider son contrôle naval sur la côte de Coromandel et maintiennent ouverte, pendant près de deux ans, la possibilité d'une combinaison franco-mysorienne qui aurait pu renverser le règlement de 1763.

Il coordonne son action directement avec Hyder Ali, puis, après la mort de celui-ci en décembre 1782, avec Tipu Sultan, qui combattait les Britanniques sur terre lors de la deuxième guerre anglo-mysorienne. Leur coopération constitue la combinaison militaire franco-indienne la plus crédible depuis l'époque de Dupleix : un amiral français maîtrisant la mer pendant que Mysore menaçait les positions britanniques depuis l'intérieur des terres.

La paix de 1783 met fin à sa campagne avant qu'une décision ne soit acquise. Il rentre en France célébré comme un héros, est promu vice-amiral, et meurt à Paris en décembre 1788, peut-être à l'issue d'un duel né de l'une de ses nombreuses querelles personnelles. Sa campagne représente le dernier moment où la France aurait pu, de façon réaliste, retrouver sa position navale dans l'océan Indien. Une rue de la Ville Blanche porte son nom.

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